Les 3 singes ! un Extrait du « Principe de Parcimonie »

L'étroit Singe Vieilli 600

Vingt minutes plus tard, les paquets dûment ouverts, Théo et son commissaire se retrouvaient, perplexes, devant trois statuettes.

– C’est les trois singes de la sagesse. Enfin, je pense.

– Oui, mais pourquoi ? Avec Ockham rien n’est jamais aussi simple que ce que l’on voit.

– Appelons Wik, suggéra Théo.

Cinq minutes s’écoulèrent. Wik, toujours aussi défait, regardait les objets :

– Mizaru, Kikazaru et Iwazaru. L’aveugle, le sourd et le muet, finit-il par dire.

Qui d’autre que lui connaissait par cœur le nom des trois singes ?

– Tu peux nous en dire plus ? demanda Mallock tandis que Théo se penchait sur les statuettes pour en scruter la surface.

Wik eut une moue boudeuse :

– Le sens donné à ces figurines a évolué durant les siècles. En changeant de continent, également. Au départ, il y avait un jeu de mot en japonais entre saru, qui veut dire singe, et zaru qui est une forme verbale négative archaïque. Mais le sens premier est encore plus ancien. En fait, il n’y avait pas encore de singe dans l’histoire. C’était un précepte, prêté à Confucius. Une sorte d’apologue que l’on pourrait traduire par : « Il est sage de ne pas voir, entendre ou répéter ce qui ne doit pas l’être car malfaisant ou désobligeant. » C’était donc d’une forme de sagesse, de quelque chose de positif, dont il était question. Confucius y fustigeait la rumeur. De nos jours, le sens s’est inversé. Il est devenu négatif. Ça symbolise la lâcheté de notre civilisation.

– Notre égoïsme ?

– Notre peur, plutôt ! Et notre couardise. Nous faisons semblant de ne pas voir, de ne pas entendre, et nous nous taisons par lâcheté. Jusqu’au moment ou, comme la grenouille, on sera cuit.

– Quelle grenouille, demanda Théo à son collègue.

– Oh ça, c’est une autre métaphore. Celle de la grenouille que l’on met dans l’eau froide, mais sous un feu. Sans s’en rendre compte, elle finira cuite. Nous faisons un peu pareil en faisant les autruches ou en jouant aux trois petits singes.

– Pour changer, et ce n’est pas plus mal, il nous en-voie des symboles. Et puis, moi qui adore les animaux, je suis servi, tenta Mallock. Singes, grenouille, autruche, c’est ma fête.

Julie, Ken et Jules, qui avaient entendu parler de la nouvelle découverte, arrivèrent à l’étage quelques minutes plus tard. Ken, encore trempé, sentaient le chien mouillé. Théo tenta de les repousser sans trop de conviction :

– Restez dans vos bureaux, je vous enverrai mes con-clusions quand j’aurai terminé. Ce sera rapide.

Il commençait à n’apprécier que très modérément ces perpétuelles allées venues à son étage. Rentrait-il, lui, dans leurs bureaux ? Mais il n’eut pas à poursuivre plus avant la défense de son territoire, Julie lui lança un sourire désarmant tout en s’enquérant :

– Je peux les toucher ?

– Tu peux, confirma Théo. Y a pas la moindre trace. C’est propre comme un sou neuf.

Omettant de lui faire, comme à son habitude, une réflexion sur sa propreté à lui, Julie attrapa l’une des statuettes.

– C’est lourd, ne la fait pas tomber. Sans daigner l’écouter, Julie se mit brutalement à tordre le cou du pauvre Mizaku.

– Mais qu’est-ce qui te prend ?

– Une intuition à la Mallock, répondit-elle tout en forçant et en tirant sa jolie petite langue.

Soudain, le haut de la statuette de l’aveugle se mit à tourner. Elle la reposa et termina l’opération en sécurité sur la table. Plus maline que tous ces machos réunis, elle avait vu juste : le petit singe en pierre était creux. Et, en récompense, elle fut la première à regarder à l’intérieur :

– Oh, merde ! Putain d’enculé !

En s’approchant à son tour, Mallock aperçut deux globes oculaires. Les nerfs optiques avaient été arrachés avant d’être coupés, sans doute au rasoir. Ils ouvrirent précautionneusement les deux autres. Ils contenaient, l’un, une paire d’oreille, et l’autre, une langue. Amédée eut un haut-le-cœur en pensant à l’état du pauvre gars auquel le grand initiateur avait fait subir ce supplice.

– On n’a pas encore reçu d’appels ?

– Non, patron. La victime est peut-être déjà morte dans un coin. Après un tel… traitement…

Pendant la réflexion de Ken, Théo s’était penché pour respirer les trois urnes. Moue écœurée de Julie.

– C’est encore tout frais, précisa Théodore. Ça a été fait cette nuit.

– Il y a peut-être trois victimes distinctes, leur proposa Mallock. En tout cas, bravo Julie, on aurait pu passer à côté sans toi.

– Mais non, vous auriez fini par trouver. Il vous faut juste un peu plus de temps, c’est normal, vous êtes des hommes.

Personne ne releva. La tentative de Julie pour les dé-rider était tombée à plat. Les barbaries grotesques du docteur n’amusaient plus personne. Le téléphone de Mallock sonna au même moment. Il écouta, ne prononça pas le moindre mot, raccrocha.

– On a retrouvé un type errant dans le bois de Boulogne. Sans yeux, sans oreilles et sans langue. C’est l’ambassadeur de France en Iran en visite à Paris. Ils ont juste eu le temps de le ramener à l’hôpital du Val-de-Grâce avant qu’il ne glisse dans un coma profond…

 

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5 jours avant sa sortie, les 12 premières chroniques du « Principe de Parcimonie »…

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L’un des nouveaux passages de la « Director’s cut » des « larmes de Pancrace »

Mallock était prêt à donner l’assaut. Personne ne prit une pareille décision. Personne, ni son corps, ni son esprit, ni la raison qui aurait voulu qu’il attende à l’abri du secours ou l’attaque des tueurs derrière l’acier renforcé de sa Jaguar. Personne, sauf le sang qui s’écoulait du crâne de Gilles et la rage qui débordait de lui, l’envie d’en découdre, ici et maintenant. Enquêteur, juge, jury et bourreau, la sentence était tombée, il allait lui-même l’exécuter. Dût-il en crever ! Il sortit de derrière sa voiture, non pas comme un diable, mais comme un buffle s’échappant d’une gangue de boue, et il se mit à marcher vers les deux snipers, tout droit et sans trembler, en lâchant chaque balle à travers la pluie vers l’endroit où il pensait les atteindre, une détonation par seconde : une lourde, celle du 357 de Gilles suivi de la déflagration du 44. Ces tirs avaient pour but, soit de les atteindre avec un peu de chance, en tout cas de les forcer à rester à couvert, plus il pourrait se rapprocher, moins le voile d’averse les dissimulerait à son regard, il était assez bon tireur pour avoir la quasi-certitude de pouvoir les toucher… s’il parvenait à les voir. Arrivé à mis chemin, Mallock se jeta dans le fossé juste à l’entrée du carrefour. Sur le dos, il éjecta les deux chargeurs et les remplaça par ceux qu’il avait préparés, trois respirations profondes et il se redressa, une balle lui arracha un bout d’oreille, il continua à progresser, reprenant exactement le même rythme : main droite, le 44, main gauche, le 357, comme un ours mécanique bien huilé, Mallock avançait vers sa cible. Si la pluie fouettait le sol sans vouloir donner signe de faiblesse, Amédée, non plus. Soudain, il aperçut une silhouette. L’un des tireurs s’était relevé sans doute afin de tirer plus librement. Allongé au sol, on est plus précis, mais bien moins mobile. Mallock ne laissa pas passer sa chance, le poing gauche levé, il envoya trois balles de 9 mm sur la cible, l’arme claqua dans sa main si rapidement qu’on aurait eu du mal à compter les trois déflagrations, et le commissaire eut l’intense soulagement de voir tomber le sniper en même temps qu’il apercevait enfin son autre attaquant. Voyant son complice touché, il s’était redressé pour changer de position. Mallock vida le chargeur de son Smith & Wesson Magnum. Le vacarme épouvantable fut relayé par le ciel qui éclata lui aussi en un énorme grondement de tonnerre. Amédée entrevit un jaillissement écarlate, alors que le cou et la partie gauche de la tête du sniper implosaient. C’était fini. Machinalement, pour vérifier son travail, comme un chasseur se rend au pied de son gibier, il continua à avancer. Derrière lui, il entendit des hurlements. Il se retourna. Le rond-point était dans un bordel épouvantable. Une dizaine de voitures étaient enchevêtrées les unes dans les autres, et les blessés poussaient des cris de terreur. Il arrêta brutalement ses pas et rangea ses armes. L’urgence était là. À l’instant où il rebroussait le chemin, il entendit : – Commissaire ? Il se retourna. Le premier sniper le tenait en joue. Deux des trois balles l’avaient bien atteint. Une, à l’épaule, et l’autre, le long de la joue. Mais l’enfoiré, costaud comme un buffle, était encore debout. En attendant l’impact du fusil, Mallock ferma les yeux et pensa à Thomas : J’arrive mon bébé, murmura-t-il ! Pas moins de sept déflagrations lui servirent de point d’exclamation et d’épitaphe.

Un extrait du « Principe de Parcimonie ». Sortie le 11 février…

Le cylindre fut enfin ouvert et les mains gantées de Théo en sortirent le bocal. Il était plongé à ras bord dans un tas de frites en polystyrène. Mallock et Julie s’approchèrent. Ça correspondait parfaitement aux attaques enregistrées la semaine précédente sur des avocats et des juges. Le choix du pont au Change, le plus proche du Palais de justice de Paris, n’était pas gratuit, comme tout ce que faisait Ockham. Au centre, dans une gélatine dorée où flottait une brunoise de carottes, navets et petits pois, surnageaient, telles des limaces immobilisées dans de l’ambre, des bouts de langues humaines. Sur l’étiquette du bocal : « Aspic de langue », le précepte Nº 6 énonçait dans le style inimitable d’Ockham : « Tout ce que vous plaiderez sera retenu contre vous. »

« Le Principe de Parcimonie » teaser N° 03

ICI et nulle part ailleurs !

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La version 2 mn du teaser du principe de parcimonie…

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ICI, et nulle part ailleurs… (Son à fond)

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Teaser 2016 de la nouvelle version des « Larmes de Pancrace »

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Le Cimetière des Hirondelles : teaser !

Lecture de la quatrième de couverture :

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