Les trois premiers 2009 à 2013

EN RUPTURE DE STOCK :

PROCHAINE RÉÉDITION CHEZ POCKET février 2014

DANS UNE VERSION RETRAVAILLÉE

24 décembre , le Père Noël rajuste sa barbe, les sapins clignotent et la neige tombe lentement sur la dernière scène de crime du Maquilleur.  Ce tueur en série, hors normes, fait de chacun de ses meurtres une œuvre d’art baroque, sculptant sauvagement les corps et peignant les visages dans des décors d’Apocalypse. Amédée Mallock, commissaire visionnaire au cœur mélancolique, va tenter de résoudre une terrifiante énigme, une course contre la montre et la mort. Plus il avancera, plus les questions s’accumuleront. Le Maquilleur est-il plusieurs ? Pourrait-il être immortel ? Le diable croit-il en Dieu ? Polar mystique, thriller théologique. Les Visages de Dieu croise une formidable intrigue avec une quête vertigineuse dans les abîmes de la barbarie humaine. Superbe et captivant !

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Lire le premier chapitre des « Visages de Dieu »

LE CHAPITRE PERDU DES »VISAGES DE DIEU »

En confidence : Je suis assez connu, dans mon quartier, ou j’errrrrrre parfois en contemplant mes pas, et parmi mes proches, comme étant d’une distraction assez… comment dire ?… confondante. Oubliant mon propre nom, je suis allé récemment me chercher dans mon propre atelier pour voir si j’y étais, une personne me demandant au téléphone. Véridique. Nous sommes donc là, à la limite du… grave, du pathologique et de l’arrivée des sirènes. Et bien, voilà, je me dois de vous confesser mon dernier petit oubli, celui de l’un des chapitres de mon livre : « Les Visages de Dieu », chapitre qui ne doit son salut qu’à la mémoire de l’un de mes fils et d’une copie qu’il en avait fait. Si personne, en lisant ou en relisant ce « fabuleux » roman, ne s’est aperçu de ce léger… manque, je le dois à un coup de chance. En effet, le fameux… (roulement de tambour) CHAPITRE MAUDIT ne concernait qu’une sorte de « Falshback » ne présentant pas d’utilité réél pour comprendre l’histoire. À ma décharge, moi, je fais pas des romans avec 100 000 signes écrits en gros, merde !!!! 700 000 signes, je travaille, moi, Monsieur. Bon, je me calme. Je vous devais 2 choses : premièrement un aveux, voilà qui est fait, et secondo, une réparation : la voilà ci-dessous…

Naissance du tout premier « Maquilleur »sur le pont du Stella Marris, le 8 Janvier 1914.

Dieu avait fait l’homme avec des mains agiles, de petites jambes de montagne, un cerveau obstiné et l’irrépressible envie de rejoindre la ligne d’horizon. Là, c’était sur le pont malmené d’une vieille caravelle, que le Vicomte François-Henri de Salis-Viracalas testait la robustesse de son corps. L’océan dressait chacune de ses vagues, comme autant d’obstacles à franchir pour parvenir aux Amériques. Un vent violent et caractériel engrossait le moindre petit nuage. Venus d’un ailleurs inquiétant des éclairs aiguisés éventraient des cargos cumulus pour les forcer à larguer leur cargaison d’eau glacée. De tout cela, péril et intempérie, François-Henri se réjouissait. À ses yeux, l’océan était la chambre noire d’une révélation symbolique. En le traversant, il allait enfin pouvoir observer et immortaliser ceux qu’il pensait être les premiers humains créés par Dieu, sanguinaires et maquillés : les indiens, ces sauvages colorés aux hurlements pleins de plumes que l’homme blanc appelait peau rouge. Dans son doux délire, le Vicomte avait la certitude qu’en les photographiant, et en en étudiant les traits, il aurait ainsi une vision plus claire de l’image de Dieu, de son dessin et ses desseins. Le créateur avait fait l’Homme à son image, affirmaient les saintes écritures, il suffisait donc d’inverser la proposition en prenant, bien entendu, le soin de sélectionner intelligemment les élus… Le Vicomte François-Henri de Salis-Viracalas n’avait pas alors la moindre idée de l’accumulation de meurtres que sa… petite idée allait générer.
Une vague encore plus haute passa par-dessus le bastingage, le douchant de la tête au pied. Mais, même les gants trempés et l’eau de mer plein les bottes, le Vicomte exultait. Accrochés aux vergues, des matelots terrifiés tentaient de prendre des ris. Il remit sa perruque d’aplomb et visa son bicorne plus fermement sur son front.La frégate de premier rang Stella Marris, sœur jumelle de « la boudeuse » résistait vaillamment alourdis cependant par ses soixante canons de 30 livres. Le vicomte de Salis-Viracalas n’avait peur que d’une chose : que ses précieux appareils photo ne soient abîmés pendant la traversée.  Il avait adopté le principe des autochromes inventés par les frères lumière : une seule image transparente selon la méthode additive. La fécule de pomme de terre fixée par de la résine donnait des résultats particulièrement fidèles, essentiel pour récolter tous les visages. Un seul écueil, une seule faiblesse dans leur invention : les interstices entre les grains de fécule étaient comblés par de la poudre de carbone très fine, du noir de fumée. Ce filtre naturel avait pour conséquence de limiter la sensibilité effective des plaques de 4 à 8 iso. D’où, la longueur du temps de pose requis au moment de la prise de vue, et qui aboutissait souvent à des effets de bougés. Sans compter sur une tendance des rouges à saturer. La solution, fort simple au demeurant, fut trouvée par le Vicomte en personne, résultat qu’il décida de garder jalousement secret ! Il suffisait en fait d’assommer les modèles que l’on voulait photographier, de les vider de leur sang, de les maquiller et d’attendre l’instant de leur mort pour appuyer sur le déclencheur. Pour parfaire le dispositif, François-Henri utilisait également un trépied solide et un déclencheur à poire. Avant de partit aus Amériques, le Vicomte avait fait ses essais sur un couple de paysans du village et une cousine éloignée en visite pour noël. Les résultats obtenus grâce à l’émulsion et l’ensemble de la séquence de prise de vue, avaient dépassé toutes ses espérances. Les traits des victimes étaient d’une stupéfiante netteté.
Mais il était dis que ce voyage serait celui des grandes révélations, comme si Dieu, là-haut, avait décidé de lui venir personnelement en aide. Ce 8 janvier 1914, alors que François-Henri allait quitté le pont de la Stella Maris pour se réfugier dans sa cabine, brutalement, la proue de la carvelle s’enfonça dans un creux de vague. Salis-Viracalas se retrouva projeté à dix mètres et deux marins tombèrent de la matures en poussant des cris de mouette. L’un finit à la mer, l’autre s’empala sur une tige métallique autour de laquelle on enroulait un filet de pêche. Il se mit alors à hurler en essayant de s’arracher du piège. La tige était entrée par le bas du dos et était ressortie juste sous le cou, après avoir traversé les intestins et les poumons. Une mousse rose, vite balayée par la violence du vent, s’échappait de sa bouche. Ses cris de douleur accouplés au bruit de l’orage et aux grondements des vagues furent, pour le vicomte, une révélation. La nature, Dieu, le Diable et le cri des hommes étaient tous une seule et même entité, un seul corps mystique. C’est là, au milieu d’une nature exaspérée, qu’il appréhenda pleinement la vertu rédemptrice de la souffrance…

 

  • « Les visages de Dieu, un thriller stupéfiant écrit dans un style magistral » Mandor
  • « La barbarie est parmi nous. Les visages de Dieu : Remarquable !  »  Arts & Lettres
  • « Déconcertant et palpitante, « Les visages de Dieu »  atteint au chef d’œuvre. »  Jean Jour
  • « Une écriture méticuleuse, habile et poignante, pour une histoire spectaculaire. »  l’Huma.
  •  »  Mallock percutant et flamboyant prend le lecteur aux tripes et au cœur. » Nathalie Szapiro
  • « L’ambition du projet est à la hauteur de l’univers extravagant de Mallock » S. Loubière, France-Info

 

[youtube]http://youtu.be/fJPjj9IR2qQ[/youtube]

 

EN RUPTURE DE STOCK :

RÉÉDITION PRÉVUE CHEZ POCKET EN OCTOBRE 2014

DANS UNE VERSION RETRAVAILLÉE

Résumé

Une Tour Eiffel, un ciel bleu, un soleil citron, une petite fille en robe jaune à pois blancs, son papa, sa maman, son frère et un policier en sueur qui monte avec eux dans l’ascenseur. Il n’y a rien là de bien inquiétant, du moins avant que l’homme en uniforme n’ouvre le feu. En dehors de la petite fille, aucun touriste ne survivra. Ainsi commence la quatrième enquête d’Amédée Mallock. Pas le temps d’enquêter sur le policier, du côté de Bordeaux, un professeur de français prend sa classe comme stand de tir, une femme de député assassine sauvagement son mari, une jeune fille massacre toute sa famille… Les massacres continuent ! S’agit-il de terroristes ? D’une secte ? D’une maladie ? Le mystère est complet et la panique à son comble. Pour la première fois depuis la guerre d’Algérie, la France connaît le couvre-feu et l’armée est déployée dans les rues. Tout le monde, à chaque instant, est susceptible d’être victime d’un accès de rage meurtrière. Que peux-t-on manger ou boire sans danger ? Dans cette quatrième « chronique barbare », le personnage de Mallock prend une dimension nationale et se heurte aux inconvénients de la célébrité. Exposé, il lutte sur tous les fronts, tentant d’endiguer l’irresponsabilité des médias, d’organiser l’inorganisable et continuer à enquêter dans une atmosphère de folie furieuse. L’enquête, par ses implications, comme par l’ampleur des tueries, quitte ici le champ traditionnel du « policier » pour faire un tour du côté des « Thrillers » horrifiques. Après une réflexion sur l’extrême vulnérabilité de notre société, la conclusion de l’enquête ramènera le lecteur dans le domaine du policier traditionnel. Lors de cette enquête, les rapports de Mallock avec son équipe se renforcent. Il se découvre piètre psychologue et, trahi par l’un d’entre eux, il devra s’en séparer. Un autre, lors d’une scène dramatique, côtoiera la mort, et Mallock comprendra l’attachement sentimental qui le lie vraiment à son groupe de sang. Son Tom est mort et, si son cœur de père est mort avec lui, son cœur de commissaire fonctionne encore.

Prologue

Mercredi 31 juillet, dix minutes avant midi.


Tout aurait été parfait pour Noémie, si seulement elle n’avait pas eu envie de faire pipi. Depuis dix heures, une file d’attente interminable serpentait entre les quatre jambes de la Tour Eiffel. Au dessus, le ciel était bleu. Résolu et sans nuage. En dessous, anonyme parmi les touristes en short, il y avait une petite Noémie, jolie rouquine de sept ans en jupe robe jaune à pois blancs. Elle se trémoussait d’un pied sur l’autre, en se gardant bien de se plaindre. C’était elle, et personne d’autre, qui avait insisté pour s’arrêter à paris et monter sur la glorieuse girafe en fer, avant « d’attraper l’autoroute du Sud » comme disait papa.Deux jours avant de partir pour Ramatuelle, cédant aux assauts répétés de son petit ange, le papa en question avait fini par se résigner. Elle s’était précipitée dans ses bras pour l’embrasser :- Tu es le plus grand gentil papa de tout l’univers du monde.En riant, super papa avait précisé :- C’est d’accord, mais on partira tôt le matin. En attaquant l’autoroute vers midi, ça devrait nous permettre d’arriver à temps pour le dîner.Les rapports que son père entretenait avec la grande route qui menait au sable et aux soleils du sud fascinaient Noémie. Car, non seulement, il les attrapait les autoroutes, son papa, mais il les attaquait aussi. Après, il les prenait, leur remontait les bretelles et les abandonnait.- Noémie, n’oublie pas, que papi et mamie nous attendent. Et qu’il faut compter avec le temps de…- Je préparerai des sandwichs, l’avait interrompu maman. Comme ça, on n’aura pas à s’arrêter pour déjeuner.Papa avait alors bougonné : « C’est vraiment pour vous faire plaisir ». Car lui, il aimait bien déjeuner devant une table avec des couverts, des plats chauds, et tout ça. Mais Noémie faisait partie de ces adorables petites crevettes à qui un papa digne de ce nom, malgré sa volonté farouche et ses poils partout, était incapable de dire non.Pour aggraver son cas, la roussette, comme l’appelait son grand frère, avait décliné le matin même l’invitation de sa maman à : « prendre ses précautions ».C’était pour toutes ces raisons que, maintenant, Noémie se contentait de se dandiner le plus discrètement possible, d’un pied sur l’autre, en se gardant bien de ramener, une fois encore, sa jolie petite fraise.

Même ville, même heure. Dans un appartement étriqué, aux odeurs de médicaments, un policier nettoie ses armes en retenant une nouvelle envie de vomir.Pour se préparer à sa mission, Stéphane Dessacre a commencé par démonter son revolver Manurhin Spécial Police F 1, ainsi que le pistolet-mitrailleur Berreta Mle 12.S, arme collective empruntée hier à l’armurerie de son commissariat.Pour des raisons d’économie, comme la plupart de ses collègues, il n’utilisait pas de 357, mais se contentait des cartouches à bourrelet 38 spécial, données en dotation avec le revolver. Il en ouvrit une boîte neuve ainsi que deux de calibre 9 mm afin de garnir les trois chargeurs droits qu’il avait pris avec le P.M. Chaque chargeur pouvait contenir 32 cartouches à piles imbriquées, mais le manuel recommandait de n’en placer que vingt afin de ne pas fatiguer le ressort. Il décida qu’il s’en foutait et enfonça trente cartouches entre les lèvres de distribution de chacun des chargeurs.Malgré sa fièvre et l’intensité de la chaleur, son corps était étrangement sec. Au bas de son ventre, l’érection qui avait commencé depuis quelques heures était devenue douloureuse. Dans l’obscurité de la pièce, seuls ses yeux et ses mains, pleines d’huile, brillaient. Autour de la tige de nettoyage, il enroula un chiffon de flanelle et le fit soigneusement coulisser dans le canon ainsi que dans chacune des chambres du barillet.Il venait de passer quatre jours de vacances. Cent plombes de suite à se la couler douce. C’était, en fait, le maximum autorisé pour une jonction, lorsqu’on demandait à quitter son SGAP dans la période du premier juin au trente septembre. En fait, pour partir voir sa mère au fond du bassin d’Arcachon, entre Arés et Andernos, le policier avait cumulé sur sa demande, son jour ministre, plus trois journées d’HF. Alors aujourd’hui, plus question de poser un ticket et se faire porter pâle, il devait impérativement reprendre son service, quel que soit son état.Nausée, haut-le-cœur, spasme. Dessacre cracha, en râlant, dans une bassine posée à ses pieds. Puis il regarda son œuvre. Après avoir rendu tripes et boyaux, la bile qui sortait maintenant de sa bouche était mélangée de sang. Pistils de safran, son sang était presque fluorescent, comme les curieuses idées morbides qui lui zébraient le crâne.- Bordel, murmura-t-il, pense à autre chose, concentre-toi sur tes armes, crétin !Le Spécial Police, qu’il nettoyait, était une arme bronzée, non phosphatée, à porter dans un étui dégagé, afin de lui éviter toute oxydation. Mais Dessacre était un méticuleux. Il passa soigneusement le chiffon sur le guidon penté de l’arme puis fit sortir l’éjecteur pour le nettoyer avec un pinceau en soie de porc.C’est en replaçant la tige de cette pièce, et à cet instant seulement, qu’il donna enfin un nom à cet incroyable désir qui lui avait donné la force de sortir du lit. Ni le devoir, ni la peur de sa hiérarchie, mais quelque chose de beaucoup plus impératif, plus pure : l’envie de tuer !Coïncidence divine, Dessacre avait été choisi pour une mission ponctuelle dans le cadre du plan Vigie pirate : surveillance renforcée des monuments publics. C’était un signe du ciel. Et qui était-il pour se permettre de désobéir à Dieu ?Il se leva brusquement, ajusta sa tenue devant la glace et abandonna son appartement. Dehors quelques vieux se promenaient, tenant leur tristesse en laisse. Dessacre se dirigea vers le métro.Sept stations plus tard, il descendit à Bir-Hakeim, sortie : Champ de Mars-Tour Eiffel. Il ne lui restait qu’à remonter la Seine par le quai Branly, trois cents mètres sous une chaleur de plomb.Lorsqu’il arriva sur les lieux, entre les jambes écartelées de la fameuse femelle parisienne, son cerveau ne lui appartenait plus. Sa peau était glacée et son sexe, toujours en érection, lui faisait terriblement mal. Dans le bas de son ventre, un désir avait pris place… dévorant.Visions ou délire, il avait envie de vomir du plomb, hurler des araignées et éjaculer de l’acide pur sur des visages d’enfant.

Pilier Sud. C’était enfin au tour de Noémie de monter sur la grande dame de fer. Son frère s’était arrangé pour quitter la file et lui ramener une barre de chocolat. Noémie leva la tête vers sa mère à l’instant précis où elle-même se baissait pour la regarder. Elles se sourirent :- Alors tu es contente ?Oh, oui ! Noémie était contente. Peut-être même plus que ça, heureuse. Heureuse d’avoir de si merveilleux parents. Comment les autres faisaient-ils pour vivre sans avoir la chance d’avoir ses parents à elle ? Heureuse aussi d’avoir un grand frère aussi gentil. Folle de joie à la perspective de toutes ses journées de vacances au soleil, pieds dans l’eau. Et puis, à Ramatuelle, elle allait retrouver mamie et papi, ses grands parents gâteaux, qu’elle adorait. Oh oui, ça, elle était contente.- Mega-contente, dit-elle simplement en oubliant momentanément son envie d’aller au petit coin.Alors qu’elle pénétrait dans l’ascenseur vermillon qui menait directement au troisième étage, un policier la bouscula. Il était grand et sentait mauvais. En se refermant, la porte les repoussa l’un vers l’autre, grosse toile bleu marine, contre lin jaune délicat à pois blancs. Noémie essaya de se reculer un peu. À la hauteur de ses yeux, il y avait la crosse en bois de la mitraillette du monsieur de la police et son ceinturon en cuir craquelé. Noémie pensa que c’était du carton. Quant à l’arme, elle lui fit peur. Elle semblait gigantesque, terriblement métallique et si différente des fusils en plastiques qui traînaient encore dans la chambre de son grand frère. L’odeur du policier aussi était bizarre. Écœurante.Elle fut la première à sortir de l’ascenseur en arrivant au troisième étage.Culminant à trois cents mètres, le plus haut niveau de la Tour était entièrement grillagé pour décourager les candidats au suicide. Dans cette cage, il y avait des enfants, petits danseurs faisant les pointes pour mieux voir, des hommes greffés d’appareils photos et des femmes souriantes, qui regardaient au loin, jouant à se reconnaître dans ce Paris miniature, soudain exhaustivement exposé à leurs regards.Noémie, poussée par une prémonition, se retourna vers la sortie de l’ascenseur. Le policier était resté là, comme en faction, mais il était en train de manipuler son arme. Pareil que dans les films…

En fait, l’ordre partit des organes génitaux du brigadier Dessacre. Relayée ensuite par son cerveau malade, l’impulsion traversa son visage avant de se diriger vers sa main droite en parcourant tout son bras à la vitesse de la lumière jusqu’à l’index. Puis le temps sembla ralentir brusquement, s’étendre comme une guimauve sur son crochet, transformant les secondes en minutes.À l’explosion de la première cartouche, la culasse recula lentement. La douille de cuivre venait d’être déterrée de la chambre par la griffe de l’extracteur. Buttant contre l’éjecteur, l’étui métallique s’était alors envolé en tournoyant vers la droite tandis que le ressort récupérateur déclenchait l’avance de la culasse, dégageant ainsi une nouvelle cartouche des lèvres du chargeur. À son tour, tiède et luisante, la nouvelle balle de 9 mm pénétra dans la chambre, pour y être percutée. Les dix-huit autres se suivirent ainsi, dans une régularité et une discipline de paras sautant sur une cible. Un peu moins de deux secondes s’écoulèrent avant que le premier chargeur ne soit vide. Un terrible silence s’en suivit, ponctué par les rebonds métalliques des dernières douilles sur le sol.Trois personnes étaient déjà mortes, dont le père de Noémie. Le plus gentil papa de tout l’univers du monde avait reçu une balle en pleine gorge et son sang giclait encore par saccades sur le sol. Quatre autres gémissaient blessées. Dessacre appuya tranquillement sur le poussoir du crochet de chargeur pour l’éjecter et le remplacer par un nouveau. Puis il jeta un coup d’œil circulaire tout en ramenant le levier d’armement en arrière. Il fallait qu’il en tue le plus possible. À ses pieds, une femme touchée à la pommette droite, poussait des gémissements aigus tout en recrachant des morceaux de dents. Il lâcha une courte rafale sur elle, plus pour éteindre ce son désagréable que par pitié. Il était bien au-delà, dans un monde terrifiant et délicieux, où tout était enfin simple, d’une pureté absolue. Il recommença à tirer.Trois minutes se passèrent. Hurlements, ricochets métalliques des balles sur la structure de fer, sang, terreur et déchirement de chair, Dessacre avait vidé tous ses chargeurs. Alors il se baissa pour les récupérer et les recharger. Il y avait maintenant une vingtaine de morts et une cinquantaine de blessés autour de lui. Personne ne tentait le moindre geste pour l’arrêter. Comme des lapins que l’on tire dans un enclos, ils ne songeaient qu’à s’éloigner le plus possible de la bouche du canon, allant même jusqu’à faire le tour complet du monument pour retomber sur leur bourreau.Depuis les premières détonations, Noémie avait laissé l’urine s’écouler de son ventre et, debout, se concentrait sur son immobilité. Sa mère et son frère avaient été blessés. Elle était, à l’instar des derniers survivants, internée dans une terreur sans nom. En fait, l’univers se restreignait désormais à cette surface annulaire et grillagée à trois cents mètres du sol : l’enfer dans le ciel, un carrousel d’épouvante d’où s’écoulait une rivière de sang, léchant les poutrelles beiges de la Tour.Stéphane Dessacre mit en place un nouveau chargeur et recommença à tirer.

• 1 •
ANDERNOS-LES-BAINS.Une semaine plus tard. Lundi 4 août.
Mélancolie chez les anges. Nuages, cris d’enfants, voiles qui claquent, soleil, soleil encore et le sel qui s’accroche. Mallock est, depuis trois minutes, parfaitement immobile. Il vient de sortir de la mer. Son cœur ralentit, et sa respiration se fait plus longue, plus profonde. Les fragments d’océan sur son corps, s’évaporent. Venu de l’ouest, un vent tiède caresse sa graisse de commissaire. Dix kilos qui se sont accrochés sur lui pendant l’hiver, comme la subérine du liège sur les chênes. Traversant sa peau, une brume s’élève, subtil mélange de pensées et de matières évaporées. Puis, une goutte de mer glisse, l’obligeant à bouger pour écraser l’insecte aquatique.Après tant de temps, ça aurait dû être un grand bonheur de retrouver son corps, le sentir réagir au soleil… Mais Mallock ne ressentait plus grand-chose. Comme d’autres égarent leurs clés, lui, il avait perdu la joie. Depuis quand ? Difficile à dire.Y’avait eu l’enfance d’abord, avec ses souffrances indécises et ses rebords, des parents qu’on ne souhaiterait qu’à son pire ennemi. Puis, plus tard, son métier de policier. Drame après drames, balles après balles, et des milliers de larmes. Son corps avait encaissé, mais son cœur s’était épuisé, rempli de glace, jusqu’à atteindre la solidité ambiguë d’une boule de cristal. Dans ce cœur-là, il pouvait maintenant lire l’avenir, mais il n’y tenait plus. L’âge venant, on se lasse du futur.

…/…

LIRE LA SUITE SUR CALAMÉO

 

Le Cimetière des Hirondelles

 

Sur un coup de tête, Manuel Gemoni a traversé toute la Terre pour assassiner un obscur vieillard, qu’il ne connaissait même pas. Aux policiers venus l’arrêter, il n’a trouvé qu’une seule chose à dire : « Je l’ai tué parce qu’il m’avait tué ». Pour lui éviter la mort, le commissaire Amédée Mallock devra prouver la folie de Gemoni ou démontrer la parfaite véracité de sa déclaration.Depuis sa toute première journée de commissaire divisionnaire, Mallock a vieilli, mais il n’a pas changé. Son cynisme et sa misanthropie ne l’ont pas guéri de son envie de lutter contre l’iniquité foudroyante du Monde. Comme un enfant vidant la mer avec une pelle en plastique, il continue à se battre pour sauver le moindre château de sable de l’avancée des vagues. Dans le cas présent, la citadelle éphémère qui l’entraîne si loin de sa litière ressemble fort à l’une de ces putains d’énigmes dont le gros chat raffole. Pour sauver Manuel Gemoni, il aura à traverser l’humidité hostile d’une jungle tropicale, une chambre d’ambre en feu, des forêts de boue peuplées d’ogres, un cimetière de certitudes et un Paris engloutis sous la neige. Poupée russe diabolique, derrière chaque énigme se cachera un mystère, et sous chaque mystère, l’attendra la véhémence d’un secret. Et si le cœur d’un homme assassiné pouvait encore battre et chanter pendant des siècles ?  Magnifique et déjà culte.

[vimeo]https://vimeo.com/53662306[/vimeo]

PRÉFACE

Saint-Domingue41°C à l’ombre

Je m’appelle Manuel Gemoni. Depuis des milliers d’heures je suis couché au pied d’une église, à quelques pas d’un âne mort. Comme lui, je suis sale et je pue. Une vache famélique est venue nous rejoindre ce matin. Elle a léché le nez du bourricot avant de s’allonger sur un tas de paille. Dans l’ombre violette de l’édifice religieux, on ressemble tous les trois à une tentative désespérée de crèche. Si l’on tient jusqu’à Noël, il y aura sans doute d’autres animaux et des Joseph pour venir nous rejoindre. Peut-être même une Marie ! Jésus ? Non, faut pas rêver.

Tout au début, de cette pitoyable épopée, j’avais la certitude de pouvoir remplir ma mission. C’était bien là, sur cette place, que tout allait se passer. J’allais tuer l’ogre. L’immonde vieillard. Mais apprendrais-je enfin pourquoi je le détestais autant ?

Chaque journée s’est écoulée, plus liquide et brûlante que la précédente. Sans le moindre indice, le plus petit début d’explication de cette haine qui me consumait. Épuisement et désespoir m’ont envahi, chassant en moi tous autres sentiments. Et mes ressentiments aussi. On est égaux ? Foutaise. On ne naît pas égaux, on ne meurt même pas égaux. Moi, ça sera de soif et de faim. Et franchement, ça m’est égal. Pas la moindre appréhension et pas la moindre angoisse. Faut croire que la mort ne fait peur qu’aux vivants…

PDF :

Le Cimetière 36 premières pages

Version : « ANNONCE de SORTIE » sur YOUTUBE :

« Le Cimetière Des Hirondelles » De Mallock –

Version, « Quatrième de Couverture » sur VIMEO :

[vimeo]https://vimeo.com/54717686[/vimeo]

Nota Bene :

LE CIMETIÈRE DES HIRONDELLES NOUVEAU THRILLER DE MALLOCK

4 Comments on "Les trois premiers 2009 à 2013"

  1. Après notre rencontre du 26/02 je trouve ce site et à la lecture de ces infos sur les rééditions (passées ou à venir) des précédentes aventure de Mallock « retravaillées » une nouvelle question me vient: n’est-ce pas la malediction d’un auteur (d’un artiste plus générallement) de sans cesse vouloir reprendre son oeuvre et de la retravailler pour l’améliorer? Aujourd’hui vous avez changé, evolué dans l’écriture bien sur, mais ce sera surement encore le cas dans quelques années je pense. Aussi imparfaits qu’ils soient à vos yeux d’aujourd’hui devez vous essayer de modifier vos romans passés? (meme si en tant que lecteur je devrais en etre ravi, mais je suis chiant…)

  2. Mallock dit :

    En fait, ce n’est pas vraiment une décision, c’est comme un « tic nerveux » 🙂 🙂 🙂 une obligation presque morale dans laquelle je me retrouve. Ai-je le droit de ne pas tout tenter pour donner le meilleur de moi même, une sorte de culpabilité judo-chrétienne… Et puis l’éducation également, voir un peu de vanité et beaucoup d’orgueil. Faisons-nous beau avant de sortir dans le Monde 😉
    Merci Bruno (Mais c’est vrais que t’es chiant 😀 😀 😀 tout comme moi !!!)

  3. Annick dit :

    Bonjour
    En train de finaliser la lecture du cimetière des hirondelles, après avoir lu les visages de Dieu et le massacre des innocent et déjà je suis impatiente de lire les Larmes de Pancrace et déjà je suis triste de devoir en finir là avec les chroniques barbares. Quel talent vous avez, je suis conquise et je vous place en tête de mes écrivains préférés.
    Merci

  4. Mallock dit :

    Merci infiniment. Il y aura des surprises, mais pas avant février 2016 : un nouveau bien entendu, mais également deux nouvelles versions des « Hirondelles » et de « Pancrace »… si, si ! Merci encore Annick…

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