En cette veille de SORTIE : l’un des passages « moyenâgeux » de PANCRACE…

mallock_Corrige_03

Pendant trois semaines, le brasier avait éclairé toute la région. Il avait fait mieux, il était parvenu à la réchauffer. Sur plusieurs kilomètres carrés, la neige avait fondu, laissant la place à des plaques d’herbe morte nageant dans une boue glauque. Les rares congères survivantes étaient recouvertes par la poussière des morts, leurs cendres anthracite.

La peste noire n’avait jamais aussi bien porté son nom.

Désormais, la surface du gigantesque rectangle ne se mettait à rougeoyer que lorsqu’un retardataire venait, en pleurant, y jeter son mort. La fournaise ouvrait alors, là où le corps tombait, une petite bouche aux dents jaunes, pitoyable ronde de flammes affamées.  En le mastiquant, elle émettait des bruits de dents et de claquement  de langue. Le pestiféré s’enfonçait lentement, puis la peau de la fournaise se refermait sur lui, retrouvant l’obscurité naturelle de son épiderme de baleine terrestre, monstrueuse.

Sous la violence du feu, les bords de cet enfer s’étaient recouverts, eux aussi, d’un miroir de ténèbres. Les rives infernales étaient vitrifiées, plus glissante qu’une patinoire. Quelques jours plus tôt, alors qu’elle venait incinérer ses trois fils, une femme avait glissé sur l’effroyable toboggan. Elle n’avait pas eu le temps de pousser le moindre hurlement. Timide grésillement, évaporation brutale des liquides corporels, son corps s’était comme « sublimé » en touchant la lave, deux mètres plus bas.

Soucieux de ses gens, Pancrace avait fait rapidement installer, l’une des catapultes de défense dont il avait muni son château.

Désormais, personne n’avait plus le droit de s’approcher et de jeter directement quoique ce soit, ou qui que ce fut. Seul le trébuchet de monsieur le Vicomte avait l’autorisation de nourrir le monstre. Il y projetait tout ce qui restait et pouvait avoir été touché par un pestiféré. Seul Jérôme Bosch aurait pu imaginer pareil spectacle. Les cadavres des pestiférés, leurs possessions et même leurs chevaux s’envolaient dans le ciel pour atterrir au centre de la fournaise. Sur un fond de nuages pétrole, des cochons volaient, des commodes pansues jouaient les montgolfières et, fantômes informes, draps et couvertures battaient désespérément des ailes. Parfois un vivant désespéré montait sur la catapulte pour rejoindre le centre du brasier en poussant des hurlements en latin. Après la chair, le bois et les tissus, c’était le fer qui, maintenant, nourrissait l’enfer : socles de charrues, armes, enclumes, fers de chevaux par centaines, outils, cerclages de roues et de tonneaux, armes et vaisselles. 

 

Laisser un commentaire

*

Fermer le menu