Premier Inédit de la nouvelle série…

Premier Inédit de la nouvelle série…

Brut’ de fonte, voilà un passage ‘auto-censuré » qui mettait en scéne l’enlévement de Margot pendant l’affaire du « Principe de Parcimonie ». J’avais dépassé le nombre raisonnable de page (l’enlévement s’étalait sur une dizaine de chapitres tout au long du livre). Je garde cependant cette mésaventure pour la placer éventuellement lors d’une prochaine Chronique barbare.


Depuis le lundi 24 septembre, l’identité des trois journalistes enlevés par les Talibans étaient connue. Le groupe était constitué de la reine Margot, d’un cameraman-photographe : Pierrick Reck, dit Ric-Rac, et de José Dilota, son preneur de son. Leur mission : ramener du métrage de coupe, des reportages et des l’interviews exclusives. Ils étaient accompagnés de trois militaires dont un infirmier.
Face à cette situation, Amédée était impuissant et il détestait ça. Si l’on avait réussi à « loger » les talibans, il aurait été le premier à monter dans un hélicoptère pour en découdre. Suppositoire de Felden pour la douleur, balles dumdum pour la fureur, l’ours en rage aurait même été capable de sauter en oubliant parachute et gilet seconde chance. Un Mallock mort d’inquiétude, ça bouge encore, mais pas de la même manière. Ça perd son souffle et pas mal de cervelle grise.

Salle de rédaction

Margot avait déjà craint pour sa vie. Elle avait pensé à la mort. Sentir son corps se faire traverser par le cuivre des balles. On ne fait pas sérieusement le métier de grand reporter, sans mettre son existence en péril. Mais là, elle avait fait très fort. Aucun patron ou rédacteur en chef ne l’aurait envoyé interviewer les chefs de guerre des factions africaine en plein conflit généralisé. C’était elle et nul autre qui avait eu cette lumineuse idée.
Pire, si son cameraman comme son preneur de son étaient de la partie, c’était de sa faute aussi. Elle savait bien qu’ils ne l’auraient jamais laissé partir toute seule.
– T’aurais l’air malin sans tes deux gardes du corps chéris, lui avait lancé Pierrick lorsqu’elle avait tenté de les dissuader.
– Mais si, pour une fois, je peux emporter une ou deux petites caméras attachées sur moi, et…
– C’est ça : « Margot en Afrique ». Tu crois vraiment que les télés voudront de ton petit film de vacances ? Je te propose une accroche :  » Le Trou-du-cul du Monde, entre tradition et modernité. »
– Ouais, et avec un son de chiotte et des bruitages bidouillés en studio, avait rajouté José.
Résultat de cet entêtement commun, ils étaient désormais entre les mains d’une bande de Talibans pas vraiment souriants.

Quelque part en Afrique

Depuis qu’elle avait été enlevée, Margot ne fermait plus les yeux. Pierrick et José non plus. Seuls les soldats, entraînés à vivre n’importe où et n’importe comment, y parvenaient. De son côté, la jeune femme devait attendre que la fraîcheur de la nuit ait calmé les brûlures du sable, pour attraper le train du sommeil. Un train qui devait tourner en rond, car elle se retrouvait à son réveil sous la même tente désarticulée, dans les mêmes vêtements puants et dans le même état d’angoisse.
De 6 heures à 8 heures, elle profitait du calme.
Après, l’enfer recommençait.
D’abord, les premiers bruits. Ceux des animaux. Oiseaux, poules, chiens, chameaux déblatérant, brebis… tout un bestiaire bordélique. Puis, les odeurs, de plus en plus prégnantes : relents d’excréments, effluves aigres de sueurs intimes, flagrances d’encens anciennes, remugles de tannage, parfums de mauvais savons, café brûlé.
Accompagnant cette dernière effluence, les premiers cris d’hommes envahissaient le camp et les oreilles de Margot. Il beuglaient contre les bêtes, les femmes, les crottes de dromadaires et la redécouverte quotidienne de leur condition d’humain. Cette rage qui les habitait et qu’ils ne parvenaient pas à calmer.
Par deux fois déjà, dans un simulacre écœurant d’exécution, ils avaient fait mettre à genoux les trois militaires qui escortaient Margot. La semaine dernière, sans motif apparent, ils étaient venus prendre José et l’avaient ramené avec le nez écrasé, la langue entaillée et deux côtes cassées. Ils avaient pointé du doigt Pierrick et Margot :
– Vous. Prochaine fois, vous !
Toute la journée, ils avaient attendu dans l’angoisse, mais rien n’était venu. Ça arriverait certainement, mais quand ?

Un jour, la porte s’ouvrit et ils furent tous les trois jetés dehors en plein soleil. Après que leurs yeux se furent adaptés à l’ignorance blafarde du ciel, ils aperçurent, au centre du village de tentes, un jeune homme attaché à un piquet au milieu du campement.
Adherbaal Yansar Ag Ghali, le chef de la troupe, lui hurlait aux visages. Les sonorités gutturales de la langue sémitique rajoutaient à l’effroi général de la situation. Adherbaal termina sa diatribe en crachant avant de retourner à l’ombre. D’autres passèrent, certains pour cracher également, d’autres pour « couper » le prisonnier. De rapides coups de couteau parallèles à la peau, sur l’ensemble du corps et sans exclusive.
Ag Ghali ressortit au bout d’une heure de sa tente. Il s’approcha des trois journalistes français.
D’une main, il attrapa Magot par les joues :
– Relève la tête, femme, et regarde bien ce que je vais faire à vous, demain.
Il se dirigea vers le prisonnier, se campa devant lui et, jambes largement écartées, sortit son sabre. D’un mouvement vertical de bas en haut, avec une formidable précision, il lui découpa la peau du ventre. Hurlement de terreur. Cris d’allégresse des autres. Les viscères encore vibrants se précipitèrent vers le sol, rampant dans le sable, glissant toujours plus loin, comme si elles cherchaient, tout en buvant l’aridité du sol, un abri à l’ombre ou derrière d’éventuelles broussailles.

Paris, appartement du commissaire.

Soudain l’image changea.
Flash spécial.
Tronche endeuillée d’une andouille du Journal Télévisé.
Mallock se mit à lire le commentaire qui défilait en bandeau au bas de l’écran. Et pour lui, le monde s’arrêta de tourner.

« Les Français, enlevés par les Talibans, viennent d’être exécutés… Les Français, enlevés par les Talibans, viennent d’être exécutés… Les Français, enlevés par les Talibans, viennent d’être exécutés… Les Français… « 
S’en suivit un petit film où l’on apercevait trois personnes cagoulées, à genoux. Derrière, des musulmans barbus, armés de shamshirs ou de kalachnikovs gesticulaient. L’image fut alors brouillée – sans doute volontairement par la chaîne – pendant quelques secondes. Lorsque la diffusion redevint nette, on put apercevoir au sol une mare de sang et les corps de trois otages décapités.

La caméra se déplaça à nouveau vers le haut. Des têtes coupées étaient posées sur une table. Mallock se précipita à quelques centimètres de son écran. Derrières ces grimaces, l’une d’entre-elle était-elle féminine ?

Cet article a 6 commentaires

  1. Hâte de lire la suite… 😊 Ou plutôt de retrouver cet épisode (et sa suite donc !) dans un prochain Mallock. Amédée me manque… 😁

    1. La suite de l’enlévement sera sans doute incluse dans une chronique, mais pas la prochaine, déjà terminée 🙂 Merci du soutien… et de des corrections !

  2. Très bon passage, et la fin est terrible .Mallock face à ces têtes coupées…Brrr, glaçant!

    1. Merci Sylvie 🙂

  3. Ah mais quelle joie et bonheur de vous lire ! Ça ne fait qu’attiser mon impatience !
    Merci monsieur Mallock 😍

    1. Ça vient, ça vient 🙂

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