Les Torpeurs d’hier

Les Torpeurs d’hier

Ce soir, je confie au papier, ma douleur, aux mots, ma peine, et je les regarde dérouler l’histoire de ma vie.

Paralysé, je me sens envahi par les torpeurs d’hier, l’odeur d’éther. École Fénelon. Un pion crie : « Septième verte à l’infirmerie ». Manche retroussée, sensation de froid sur le bras gauche, chaleur d’une cuisse. Petite plume d’acier, déchirure, sparadrap, sourire pour masquer l’entaille. Fini. Fraîcheur de l’air, tiédeur d’étude. La main droite se porte sur le pansement, démangeaison. Mon regard se perd dans les préaux de l’enfance. Platanes. Mémoire d’odeurs. Portes gravées des toilettes où baignaient de larges morceaux de pain saturés d’urine.         

La nuit s’évertue. Tout est glacé, tout s’essouffle et s’emporte. C’est quoi qui nous poursuit ? Toujours et tout le temps ? C’est quoi qui nous empêche de rester immobiles, assis serein comme une montagne ? On vit, on meurt, on bâtit des barrières, et on souffle des bougies… rien ne restera. Ni ce que l’on dit au vent, ou ce que l’on grave dans le marbre des tombeaux, ni nos os, ni notre eau. La vie est un vertige, une corde tendue entre berceau et caveau.

Ficelle de soie, la vie nous conduit et nous dit. Mais on ne l’écoute pas. On sait rien de rien et l’on veut tout. Ne devrions-nous pas, plutôt, marcher nu-pieds et ramener nos ambitions à de plus justes proportions : avancer avec bienveillance et compassion, entre le cœur et la raison.

Et ne plus être ni même un homme, mais simplement au soleil, tombé de l’arbre, un fruit !

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