Premier amour…

Premier amour…

Teste inédit faisant partie d’un livre d’art à venir…

Pourquoi les petites filles sont-elles roses ? Lili, la mienne, ma première, n’était que ça : rose partout, un éclat fuchsia de tissus et de peau. Sa langue et son odeur aussi, le goût malabar de sa peau. Le bonheur que j’avais de la revoir chaque année me faisait mal, presque peur. Avec cette connerie de cœur qui bat et tous le reste qui, tout autour, disparait. Plus qu’elle. Y’avait plus qu’elle. Elle et moi, à jouer à la poupée avec son berceau en bambou, et au docteur évidemment. Pendant des milliers d’heures. Plus qu’elle, et l’âme qui part au galop en éclaboussant tous sur son passage, le cœur qui fait gicler les vagues, avant de ralentir et, tout ivre, battre l’amble.
Un dimanche, en plein mois d’août, elle a disparue. Les volets de sa maison étaient clos et ils ne se sont jamais rouverts. Je venais voir tous les jours. Le soir aussi. Deux semaines plus tard, elle n’était toujours pas là. Et elle ne reviendrait pas. Cassé le jouet, partie la Rose, vers la simplicité albumineuse de la mort. Ça, je ne l’ai su que plus tard, les anges étaient venus la prendre.
Plus son corps. Et voilà que la tristesse me frissonne encore. Plus d’elle. C’est un courant d’air dans mon cœur. Fermons vite la fenêtre, ne plus penser. À l’époque, j’ai pas pleuré. Lili n’était plus là, et je n’ai plus éprouvé qu’une terreur lourde, la peur de la vie et celle du vide, des bruits et des odeurs. Le grand effroi de l’autre. Je me souviens que chacune de mes pensées me terrifiaient, car elles contenaient l’irréparable, l’absence de Lili. Et la fin de ma jeunesse aussi.
Que l’on me donne des images, des cahiers de coloriages, je veux retrouver les grands dessins de l’enfance. N’importe quoi de beau, des signes qui racontent et des mots qui bercent, des couleurs qui éblouissent. Donnez-moi des pinceaux que je barbouille le ciel, une gomme que j’efface les mots lourds et les lèvres qui les prononcent. Il y aura toujours des bruits dehors et des jours qui se lèvent. Toujours l’aube, les immeubles troublés, toujours le midi et des voix, des yeux neufs. Comprenez-moi ! Lili est partie et un vieillard la remplace. Midi, il mâche et sa salive coule. Comprenez-moi ! Je mange aussi parfois, sans pouvoir m’arrêter, me confortant en cet acte anodin. S’il y a encore la vie, y’aura plus jamais Lili.

Cet article a 2 commentaires

  1. À chaque fois tu fais mouche, je pleure … les odeurs de Lili, cette odeur de malabar je l’ai ressenti avec mes enfants ma chair…. L’autre ambiance aussi je regardais cachée sous la table ce petit cercueil blanc… La pièce en espagnolette… Ce passage me remonte dans ma petite enfance, je comprenais pas mes tous mes sens étaient en alertes…

    Merci Amédée (gros Bisous à Chantal) Annie kergourlay Murat

    1. Mille merci Annie. Plein des biz !

Laisser un commentaire

*

Fermer le menu