Ecri… vain ?

Ecri… vain ?

Extrait d’un livre à venir. Hé oui, encore un autre ^^ disent le cœur des vierges ! Un roman « feel-good » premier d’une nouvelle série.

Le commandant Dun invita Ulysse à s’asseoir et se mit à parcourir lentement la pile de dossiers qu’il avait devant lui. Il prenait son temps. Ulysse se tourna vers la fenêtre. La neige tombait à gros flocons. Le sol vibrait au passage du métro et les vitres à ceux des autobus. Son cœur battait de tristesse et d’angoisse. Deux tasses brûlantes arrivèrent. Ulysse remercia la jolie fliquesse qui les avait apportés. L’écrivain l’avala en trois gorgées alors que le commissaire, après y avoir rajouté quatre sucres, en sirotait lentement le contenu.

Il releva enfin la tête en lui avouant :

— Je me suis permis de jeter un œil indiscret sur vos comptes, cher Monsieur.

Les lèvres du policier étaient pleines, presque noires. Il avait les cheveux crépus et la peau chicorée, d’un beige mastic. Au milieu, ses yeux verts illuminaient son visage en y ajoutant la fièvre étonnante de l’émeraude.

— Dites-moi, ça paye sacrément bien d’écrire des histoires ! C’est peinard comme job.

Ulysse n’avait pas à se plaindre, il faisait partie des rares exceptions qui confirment la règle : « Quand tu auras reçu chaque vendredi un appel inquiet de ta banque, que tu auras vu s’empiler les recommandés du facteur, les factures et les refus d’éditeurs lorsqu’ils se donnent la peine d’écrire au lieu de te fuir, quand tu seras passé mille fois de l’espoir à la désespérance, quand tu te seras nourri de nouilles, de conseils à la con et de pain rance, quand tu auras attendu des heures devant ta pile de livres qu’une lectrice perspicace vienne te demander une dédicace, tu seras écrivain mon fils ». Alors au nom de tous les petits, les sans-grade, ces merveilleux artistes qui consacrent leur vie à la langue de leur pays sans rien en attendre mais tout à espérer, les romanciers en herbe et les écrivains chenus, les génies déstockés et pilonnés pour peine de n’avoir pas cédé à la médiocrité, il lança :

— Peinard ? Venant d’un planqué de fonctionnaire, qui n’a sans doute lu des livres au mieux que leurs tranches, ça ne manque pas de sel.

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