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Extrait du « Volcan ! » livre inédit.

Extrait exclusif d’un livre à venir…

Sur une stalle de Notre-Dame, Edgard est assis. Sa main droite est posée, aigle au repos sur une branche. Son bras gauche retombe, dessinant la seule verticale de ce corps affaissé, tout en diagonales et courbures fatiguées.
Au centre de la cathédrale, là où se porte le regard du Maxilien, une femme dort. Nue, elle griffe dans son rêve la peau de son amant. Ses doigts allongés rayent la fine soie des draps. Au-dessus d’elle, toile de pierres tendue entre les arcs, la voûte du transept se perd dans l’ancienne pénombre de l’aube. Edgard regarde Théa. Il traîne les résolutions de son cœur et d’une âme anachronique, plus lourdes à son corps que le titane tissé de son armure. Colonnades obliques bâties par le ciel, de larges gloires saturées de poussières viennent s’accrocher à l’humide guipure granitée des chapiteaux.
Au centre de son nid, aéronef, Théa dort. De sa bouche sort l’haleine tiède du corps. Elle forme une vapeur éphémère qui trouble les pierres.


Aujourd’hui il veut savoir qui est ce monstre qui dort. Cette femme qui le trouble et qui est devenue sa femme, même s’il ne l’a jamais touchée. Cela fait tant d’année qu’il la regarde dormir, qu’il la protège et l’accompagne, qu’il ploie sous ses caprices et qu’elle sourit à ses maladresses. Depuis quelle est apparue, Edgard est sorti de son rêve. Il se sent entier, constitué, comme tout homme debout, d’un corps, d’une âme et d’une femme. Seul l’enfant qu’il n’aura pas continue à l’empêcher de dormir en lançant des pierres la nuit contre ses fenêtres.
Théa s’est retournée et sa lourde robe a glissé, laissant paraître l’arrondi de la hanche et le duvet flou du sexe. Une odeur rouge émane de son corps. Il sait qu’elle ne répondra pas.

Le Gardien retire de son fourreau l’épée de son père. Il la regarde et se rassoit. Sans attendre, selon l’ancien rituel, il en caresse le fil entre le pouce et l’index. Il ouvre une boîte qui contient une pâte argentée et en aspire la surface. Comme on berce un enfant, il pose son épée sur son bras gauche replié, l’approche de son visage, et très lentement, commence l’aiguisage, en léchant la lame de long en large.
Dans la cathédrale, la vie s’écoule tandis que le léger halètement du Maxilien s’est insinué jusqu’au rêve même de Théa, pour y exprimer le souffle rauque de l’homme qu’elle fantasme entre ses jambes. À quelques pas de la dormeuse, le guerrier poursuit le rite. Régulier, il avale sa salive en la laissant couler tout au fond de la gorge afin qu’elle ne dilue pas l’embrocation. Sa langue s’affaire, et l’onguent abrasif qu’elle y dépose polit l’acier de si fine manière qu’il ridiculiserait un miroir. Les secondes, en passant, s’y reflètent. Désormais tranchante, la lame s’échauffe sous la caresse de la chair granulée de l’organe. Sur l’épée, agitée d’à-coups, l’écho éblouissant du soleil vient se poser.
Son image allongée et acérée se projette sur les murs glacés de la cathédrale, troublante lumière, petite danseuse y multipliant sauts et entrechats.

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