Début de Roman de SF terminé mais encore inédit…

Début de Roman de SF terminé mais encore inédit…

Mes envies de bombes et d’hécatombes, ma part d’ombre, je ne les confiais qu’à Marie. Et ça la terrifiait. Je rêvais de carnages, de meurtres de bureaucrates et d’assassinats d’état. Plus le temps passait et plus j’avais envie d’en découdre, de fabriquer, fleuret à la main, des brochettes de crétin. De composer des colliers de couillons, l’air con, avec la lame qui leur sort du bidon.
Marie s’inquiétait pour moi. Elle n’avait pas tort. J’avais envers les hu-mains une rage sourde, sans nom, et sans autre limite que mon imagination.
On a beau vivre ensemble une vie en commun, on ne lit pas le même livre.

Pierre s’est redressé pour décoller de son fauteuil ses pensées et sa veste trempée de sueur. Éclair, chaleur, tonnerre. Premières gouttes sur le pare-brise. Sur le périphérique, il essaye de se calmer. Mais, réduite à cent dix à l’heure, sa vie l’obsède.
Heureusement qu’il a Marie, toutes les femmes dans une même poupée ché-rie. Grande âme, amante et amie, d’une gentillesse infinie, sainte Marie pleine de grâce, jamais lasse, toujours prête à sourire et à lui offrir les belles choses de son corps, sa langue, ses tendres sphères, sa peau.
Marie, monastère, qui luttait à ses côtés lorsque Pierre étouffait…

Oui, j’ai tout fait… et j’étouffe encore.
Aujourd’hui, le temps d’assumer est venu. Le réel est là et s’impatiente. Des choses vont devoir mourir. Des gens aussi. Avec ou sans moi, l’entreprise s’effondrera. Gare aux dégâts. Les regrets et les remords feront des cercles infinis…
Je passe devant les bouches affamées du métro Chatelet. Un œil sur la pen-dule du tableau de bord. Je rentre rarement si tôt. Ça me réjouis. Miracle, une place. Je me gare à deux cent mètres de mon appartement. Dehors, la pluie s’est arrêtée. Deux minutes pour traverser l’hôtel de Ville. Rue du Sicile, je ralentis le pas. À ma droite, sur la place mouillée, le soleil projette l’ocre de ses fins de journée. Sur le trottoir, un clochard recolle une paire d’ailes en polystyrène. L’aveugle est à sa place habituelle, assis à l’envers sur le banc, les bras et la tête affalés sur le haut du dossier. La dame blanche vient de sortir de chez elle. Le nez en l’air, elle a soupesé ses chances de ne pas être surprise par une nouvelle averse. N’aurait-elle pas plutôt lancé vers le ciel quelque invocation magique, quelque imprécation, pour interdire tout ondée ? Bientôt, elle s’assiéra sur l’autre banc et la nuit viendra se prendre aux plis de sa jupe, tentant d’effacer aux yeux du monde la vieille éphémère. En passant près d’elle, je me suis courbé pour la saluer. Je ne la rencontre que le soir et elle ne me sourit que lorsque je suis avec Marie. Aujourd’hui, bien que je sois seul, elle m’a regardé. Et son sourire m’a exhorté au courage.

À droite de la place, les serveurs italiens de la pizzeria sont en train de sortir les nappes pour les tables du dehors. « Pas de menu en terrasse, Messieurs », répéteront-ils ce soir avec impatience. La laborantine de la petite pharmacie qui jouxte le bar-tabac « l’Étincelle » a éclaté de rire. Ce cristal sensuel et la vision de ce cérémonial redonnent à Pierre un soupçon de sérénité. Son quartier est son village et les murs taillés des maisons portent l’histoire.

Plus que quelques pas et bientôt Marie : « j’aimerais tant qu’elle me devine. » Je me demande si l’on voit mon désir et le poids de mon impatience lorsque je marche vers Marie.

Cet article a 2 commentaires

  1. Punaise, tu nous mets l’eau à la bouche… J’attends la suite 🙂

    1. Hello,
      J’ai en effet, malgré la traversée de l’enfer avec ma petite chérie, continué à écrire comme un damné. Outre une nouvelle Chronique Barbare, j’ai les deux premiers tomes d’une toute autre trilogie, un livre de SF très littéraire, une comédie policière et un roman de littérature. Soit 6 livres terminés et en attente d’édition. Je devrais dire d’éditeur. Car c’est bien à la sélection du « bon » que je me heurte. Peut-être suis-je trop exigeant ? Je ne crois vraiment pas. Mais je ne vois pas l’utilité d’éditer pour éditer si mon éditeur n’a pas un peu d’ambition pour mes écrits. Entre en vendre 3500 car rien n’a été fait et 350 000 parce qu’on est « l’écrivain-annuel-maison » bousté « ad nauseum » par tout le budget pub disponible (car on en est là) il devrait y avoir une place et même plusieurs. C’est de moins en moins le cas, la stratégie du « auteur-vedette-one shoot-annuel » a éradiqué toute chance pour les autres romans d’avoir un parcours satisfaisant.Voilà pourquoi j’attend, refuse certaines propositions et en étudie d’autres. Autant de raisons de repousser mes sorties, ce qui n’a pas été amélioré par les gilets jaunes, la peur panique suivant la radiothérapie de ma petite chérie et le confinement. À très bientôt sur cette antenne 🙂

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